Valls-Macron : le premier faux pas du président élu ?

Par Renée Fregosi Publié le 10/05/2017 à 16:26 Le Figaro

FIGAROVOX/ANALYSE- Le souhait de ralliement exprimé par Manuel Valls a été accueilli plutôt froidement par les équipes de La République en marche. Pour Renée Fregosi, Valls s’inscrit pourtant dans la ligne social-démocrate défendue par Macron.
Renée Fregosi est une philosophe et politologue française. Directrice de recherche en Science politique à l’Université Paris-Sorbonne-Nouvelle, elle a récemment publié Les nouveaux autoritaires. Justiciers, censeurs et autocrates(éd. du Moment 2016)

Sur la forme, les atermoiements du parti République En Marche quant à la candidature aux législatives de Manuel Valls constituent, chacun l’accorde, pour le moins une maladresse. Bataille d’égos, basse vengeance de l’ancien ministre de l’économie à l’égard de son ancien premier ministre à qui il devait cependant d’avoir été nommé au gouvernement et qui avait défendu sa loi travail jusqu’à entacher sa propre image en recourant au 49.3. Ingratitude vis-à-vis du responsable socialiste qui, reniant son engagement à soutenir le vainqueur des primaires, abandonna Benoît Hamon pour soutenir Emmanuel Macron dès le premier tour, entraînant nombre de ses propres soutiens à sauter le pas et voter Macron malgré leurs réticences. Incohérence également, eu égard à la devise du «et de droite et de gauche», à rejeter une figure majeure du socialisme français, au moment même où l’on pronostique le plus souvent la nomination future d’un premier ministre de droite.

Le mépris affiché pour Manuel Valls de la part de l’équipe REM et du président élu pourrait constituer une grave erreur politique pour la présidence d’Emmanuel Macron.

Mais surtout, ce mépris affiché pour Manuel Valls de la part de l’équipe REM et du président élu pourrait constituer une grave erreur politique pour la présidence d’Emmanuel Macron. Certes, Manuel Valls porte une responsabilité si le courant social-démocrate n’est pas parvenu à s’imposer au PS, puisqu’il en a été le représentant plus ou moins assumé. D’une part, Manuel Valls a fait l’erreur stratégique de viser la présidentielle de 2022 en faisant l’impasse sur 2017, pensant laisser aller François Hollande à la présidentielle payer le prix de son quinquennat calamiteux. Aussi a-t-il commis cette autre erreur stratégique ne pas démissionner après l’abandon de la déchéance de nationalité alors que l’électorat républicain de gauche comme de droite était en faveur de cette mesure symbolique. Or, la dimension républicaine de Manuel Valls était un atout maître de sa stature présidentielle. D’autre part, et surtout, tandis que la caractérisation essentielle de la ligne Valls était la défense de la social-démocratie, il a négligé de bâtir un véritable projet social-démocrate européen et rénové, solidement fondée intellectuellement. Enfin, il a confondu social-démocratie et «gauche de gouvernement» alors que le gouvernement de François Hollande était gravement discrédité.

Au demeurant, cette ligne social-démocrate existe au sein de l’électorat qui a voté Emmanuel Macron dès le premier tour et a fortiori au second. S’il est difficile de l’évaluer avec précision, on peut toutefois estimer qu’il représente un segment non négligeable compte tenu du niveau d’opinions favorables dont bénéficiait Manuel Valls à une époque où il incarnait cette espérance. D’un strict point de vue électoraliste, il serait erroné d’ignorer cette fraction de l’électorat qui s’il se sent exclu de REM, peut revenir vers les candidats du PS aux législatives dans certaines circonscriptions. Mais surtout, le courant social-démocrate revêt une grande importance pour la présidence Macron et cela pour deux raisons de fond.

Premièrement, tant du point de vue théorique que pratique, les notions de négociation et de compromis qui caractérisent la social-démocratie, devront être au cœur de l’action gouvernementale à venir. De la même façon que la loi El Khomri a été élaborée en dialogue avec la CFDT, la prochaine loi travail annoncée par le candidat Macron devrait impérativement obtenir l’aval du désormais premier syndicat de France. Et cela d’autant que la CGT et la gauche radicale ont déjà promis des mobilisations violentes. À cet égard, l’avertissement lancé par Laurent Berger le 9 mai dernier: «Sans la démocratie sociale, la démocratie politique est impuissante» n’est pas à négliger.

Par ailleurs, la dimension européenne, essentielle dans le projet d’Emmanuel Macron est partagée par une nouvelle social-démocratie s’inscrivant dans une Europe-puissance resserrée, harmonisant politiques sociale et fiscale, défendant ses valeurs et ses frontières, mettant en œuvre une croissance modérée, fondée sur les énergies renouvelables et les nouvelles technologies mais aussi sur les services à la personne et les activités de cohésion sociale. François Hollande a trahi les espoirs en un tel projet en échouant à renégocier les orientations européennes, en s’interdisant de travailler à des régulations internationales du capitalisme financier hyperspéculateur et en désertant la lutte idéologique contre l’islamo-fascisme. Mais les partenaires privilégiés pour une telle stratégie européenne, en France et surtout dans les pays européens et notamment en Allemagne, demeurent précisément les sociaux-démocrates.

Pour terrasser durablement les populismes, un simple projet européiste et mondialiste, jeuniste et moraliste de surcroît, n’est certainement pas le meilleur outil politique.

D’autre part, pour terrasser durablement les populismes, un simple projet européiste et mondialiste, jeuniste et moraliste de surcroît, n’est certainement pas le meilleur outil politique. La dimension populaire et sociale est au contraire fondamentale pour combattre les démagogues qui jouent sur le ressentiment des déclassés ou de ceux qui redoutent de l’être. Or qui mieux que la social-démocratie peut apporter cet élément essentiel à Emmanuel Macron?

Et enfin, le président Macron ne devrait pas oublier un élément majeur du vécu des couches populaires et des classes moyennes qui les poussent trop souvent vers le Front National: l’insécurité culturelle. L’apport laïque et républicain affirmé de Manuel Valls serait également à cet égard très utile au nouveau pouvoir. Car l’islamisme et le multiculturalisme poursuivent leur travail de sape de nos sociétés. Faute de s’en préoccuper réellement, la présidence Macron prend le risque de lasser prospérer une extrême droite qu’il a momentanément contribué à affaiblir. Il est encore temps de faire en sorte que le faux pas vis-à-vis de Manuel Valls ne se transforme pas en une erreur centrale du prochain quinquennat.

Primaire de la gauche : la social-démocratie a-t-elle encore un avenir ?

Manuel Valls, partisan d’une social-démocratie réformée, rencontre des difficultés dans sa campagne. Pour Renée Fregosi, Il lui reste peu de temps pour assumer de nouveau la lutte contre l’islamisme et les deux gauches irréconciliables.

FIGAROVOX/TRIBUNE – 

Renée Fregosi est une philosophe et politologue française. Directrice de recherche en Science politique à l’Université Paris-Sorbonne-Nouvelle, elle a récemment publié Les nouveaux autoritaires. Justiciers, censeurs et autocrates (éd. du Moment 2016).
Comme semblent l’indiquer les enquêtes d’opinion, la candidature de Manuel Valls peine à créer une dynamique. Présenté comme le candidat de substitution à François Hollande, Manuel Valls a fait le choix absurde d’adoucir son image et de renoncer à affirmer un projet social-réformiste cohérent: résolument populaire et laïque, à la fois européiste et républicain. Il lui reste 15 jours pour revenir à la ligne qui a été la sienne, celle notamment de la lutte contre l’islamisme, des deux gauches irréconciliables et de la promotion d’une social-démocratie rénovée.

La social-démocratie est l’antithèse de la gauche radicale.

Car la social-démocratie est l’antithèse de la gauche radicale. Alors que Marx avait prophétisé la mort inéluctable du capitalisme paupérisant les masses, et son abolition par les prolétaires, les sociétés occidentales ont vu le capitalisme se développer en enrichissant certes de façon inégale mais globale y compris les travailleurs exploités. Tandis que Lénine persistait dans l’idée de mettre fin au capitalisme et de l’abattre par une révolution violente quitte à aller à l’encontre de la volonté populaire, les sociaux-démocrates comme Edouard Bernstein qui en théorisa le projet, répondirent en prenant acte du réel et en imaginant de maîtriser la puissance capitaliste pour le bien de tous.

La social-démocratie s’est donc instaurée comme le cadre de négociations pour organiser un partage de plus en plus juste des richesses produites collectivement.

La social-démocratie s’est donc instaurée comme le cadre de négociations pour organiser un partage de plus en plus juste des richesses produites collectivement. L’archétype français de ce système mais qui, malgré sa réussite, n’a jamais été érigé en France en modèle politique cohérent et conquérant, c’est les accords de Matignon en 1936: sous la pression de la mobilisation syndicale, les détenteurs du capital consentent à redistribuer directement un part des profits au travail (par des augmentations de salaires, réductions du temps de travail et congés payés) et une autre partie aux pouvoirs publics pour assurer des prestations sociales (retraite, accident du travail notamment dans ce premier temps) et l’amélioration des services publics (éducation, santé, culture pour tous). En retour, les travailleurs payent eux aussi des charges sociales et s’engagent à la paix sociale. La loi quant à elle institutionnalise le compromis social, garantit les accords entre partenaires et fixe le cadre de négociations régulières.

Poursuivant la tactique mitterrandienne, François Hollande a toujours refusé de « cliver », et s’interdisant de trancher sur le fond des questions.

Ces avancées considérables pour le prolétariat et la société française toute entière, qui suscitèrent un large consensus, contrevenaient radicalement à la stratégie révolutionnaire rupturiste communiste, même si pour des raisons conjoncturelles, le bolchevisme accepta de s’y associer à certaines périodes. A son tour, l’Union de la gauche a consolidé le fantasme d’une alliance naturelle entre l’autoritarisme communiste et le libéralisme socialiste. Poursuivant la tactique mitterrandienne, François Hollande a toujours refusé de «cliver», et s’interdisant de trancher sur le fond des questions, il préféra toujours la complaisance à l’égard de la gauche radicale d’aujourd’hui, égalitariste, pédagogiste, justicialiste, multiculturaliste et idiot utile de l’islamisme. Renonçant par ailleurs à son projet annoncé de convaincre les partenaires européens d’une indispensable unification fiscale et sociale, il acheva ainsi de ruiner le principe social-démocrate qui aujourd’hui impose une mise en œuvre européenne et des régulations au niveau mondial.

Sur les décombre d’un quinquennat calamiteux, à la vieille de l’élection présidentielle, la rénovation de la social-démocratie à l’échelle européenne n’est pas à l’ordre du jour.

Sur les décombre d’un quinquennat calamiteux, à la vieille de l’élection présidentielle de 2017, la rénovation de la social-démocratie à l’échelle européenne n’est alors pas plus à l’ordre du jour que sous François Mitterrand chez ses héritiers hollandais. Faute d’un projet commun articulant objectifs traditionnels (redistribution et innovation) et nouveaux défis (mondialisation et totalitarisme islamiste), la «gauche de gouvernement» présente de pâles figures et des perspectives peu enthousiasmantes. Pourtant, et l’engouement peut-être éphémère pour Emmanuel Macron en est un indice, l’audace d’une proposition résolument réformiste pourrait rassembler largement. Balayant le prêchi-prêcha des prétendues «valeurs de la gauche» par la ferme affirmation des principes laïques du combat pour la libre pensée et l’émancipation des individus, refusant la culpabilisation de l’occident et l’impuissance de l’Europe, le candidat socialiste serait le seul légitime à porter les espoirs à la fois d’une plus juste redistribution, d’une libéralisation des énergies entrepreneuriales et d’une régulation supranationale du capitalisme.

Manuel Valls doit également s’inscrire en faux contre la vision assistantielle et multiculturaliste d’une société fracturée.

Pour ce faire, Manuel Valls doit également s’inscrire en faux contre la vision assistantielle et multiculturaliste d’une société fracturée. Rejetant le paradigme déficitaire consistant à abaisser pour tous le niveau d’exigence dans l’éducation nationale, au risque de contredire certains de ses soutiens comme Najat Vallaud Belkacem, il doit réaffirmer le modèle de l’élitisme républicain. Luttant contre l’injonction du respect de la prétendue liberté des femmes, il doit rappeler que le voile est symbole d’impureté et de soumission, et s’opposer à toute demande communautariste sur les lieux de travail, dans les espaces publics et tous les établissements d’enseignement quelque soit leur niveau. Combattant l’illusion d’un nationalisme du repli, il doit articuler de façon cohérente exigences sécuritaires et stratégie internationale.

A l’inverse des enjeux de la primaire à droite, clarifier ce que doit être un projet de gauche réformiste permettrait à la fois de rassembler le plus grand nombre de sympathisants socialistes et de poser les bases d’un rassemblement plus large, au de-là de la gauche. Car le cœur de l’électorat socialiste est aujourd’hui convaincu du bien fondé de l’option réformiste, contrairement à ce que croient trop souvent les dirigeants de PS. Certes, il restera toujours des marges bolchevisantes impossibles à rallier mais faire prévaloir enfin le social-réformisme sur les dérives gauchisantes lors des primaires socialistes, c’est aussi la seule façon de retrouver une dynamique à gauche et au centre. Manuel Valls porte cette lourde mais exaltante responsabilité. Seul héritier putatif de Michel Rocard et à travers lui de Blum et de Mendès, en aura-t-il la stature? Le temps lui est compté pour en faire la preuve.

The last candidate to speak out

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The leader of La France Insoumise finally talked today. He revealed that he will not tell for who he will personally vote for the second round.

A general consultation with his supporters on the web

Jean Luc Mélenchon launched a general consultation with his supporters yesterday on his website: jlm2017.fr. They have the choice between:

  • Blank vote
  • Abstention
  • Vote for Emmanuel Macron

The choice to vote for Marine Le Pen is not even proposed. This reveals the general position of the party which was really popular amoung young voters (30% of the 18-24yo).

“In our movement, there will be several opinions”

Whatever is the result of the consultation, “in our movement, there will be several opinions” stated the candidate’s spokesperson, Alexis Corbière.

All the opinions as well as…

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Five runners, five shades of Europe

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The French elections are crucial for the future of Europe. Two candidates want to leave the European treaties, while the other three, despite different approaches, want to change the European Union. With programs varying from the far-left to the far-right, France’s candidates are offering five visions of Europe.

Jean-Luc Mélenchon: “The Europe of our dreams is dead”

melenchon

For the candidate of La France insoumise, "Europe, either we change it, either we leave it." According to him, "the EU is currently a single market only and the peoples are subjected to banks and finance's dictatorship." He argues that EU's policies of "economic austerity, free-trade and destruction of public services" do not fit his programme.

He advocates an exit of the European treaties “which oblige us to conduct austerity measures, to abolish the state’s action and public investments under the pretext of a debt that everyone knows won’t be paid in any country”. Instead…

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